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dimanche, 26 août 2007

30 août 1997 : la journée de merde de Henri Paul, le dernier chauffeur de Lady Di


Dans la chaleur de l'événement, au soir du 31 août 1997, les télévisions ont présenté Henri Paul, le dernier chauffeur de Lady Diana, comme un alcoolique notoire : Monsieur Paul, avec cette unique photo tellement à l'opposé du glamour et du strass des portraits de la princesse, et qui ne manque pas de suggérer un homme habitué des comptoirs et professionnellement irresponsable.

Comme si la direction du Ritz avait collé comme chauffeur, au fils du patron et à la princesse de Galles, un pauvre bougre plein comme un théâtre...

Ce soir, nous allons réparer une injustice : celle qui a consisté à faire de Henri Paul un pauvre type à la vie dissolue.
Alors que c'est tout le contraire : les plus régulièrement alcoolisés et menant une vie moralement misérable étaient bel et bien Dodi Al-Fayed et Lady Diana, et non Henri Paul.

On va raconter brièvement cette dernière journée de Monsieur Paul, un homme ayant des responsabilités stressantes, faisant son métier où il était corvéable à merci.
Qui avait des passions dans la vie, le piano, Liszt et Schubert, l'écologie et piloter des avions ; mais qui a eu une journée de merde justifiant certains apéritifs dans la soirée.

Samedi 30 août 1997, dans la matinée - Partie de tennis habituelle avec un ami, Claude Garrec. Henri Paul décline l'invitation à boire la traditionnelle bière d'après-partie. Hé oui, Monsieur Paul est professionnel : en tant que chef de la sécurité du Ritz, ayant une vingtaine de personnes sous ses ordres, il sait qu'il ne peut pas se permettre d'accueillir avec une haleine chargée la princesse de Galles et Dodi Al-Fayed, le fils de son patron. Henri Paul est bien évidemment stressé par la responsabilité de la sécurité de ses deux clients, encore plus importants et capricieux que tous les autres. Son métier lui fait prendre du prozac et des anti-dépresseurs.

Aérodrôme du Bourget, 15 heures - Arrivée par vol privé de Lady Di et de Dodi Al-Fayed. Déja, c'est l'émeute et la meute des paparazzi (ils font leur métier, aussi...). Henri Paul n'est pas habitué à ce genre de choses. Rien à voir avec les tranquilles épouses des princes saoudiens, qu'il a l'habitude d'accompagner dans leur shopping de luxe (c'est lui qui se trimballe avec le cash)... Tandis que les happy fews partent en tête dans une limousine, Monsieur Paul suit dans la Land Rover avec les bagages. Les motos des paparazzi leur font une escorte bruyante et oppressante...

Hôtel Ritz, Place Vendôme, 16 heures - Le bordel. Au milieu de la cohue des paparazzi, il faut tout sécuriser : la sortie hors de la limousine de la princesse et de son boy-friend, et l'extraction des bagages.
L'attente pendant trois heures, que leurs altesses fassent les plans de la soirée : dans quel restaurant ultra-fin et ultra-branché manger, dans quel appartement doré passer une nuit la plus romantique possible,etc.
Pendant ce temps là, Monsieur Paul fait le planton, sans boire un seul verre.

Rue des Petits-Champs, Paris VIIIème, peu après 19 heures - On lui a dit qu'il pouvait partir, alors Henri Paul rentre chez lui.
Dans la quiétude retrouvée de son appartement au 5ème étage, Monsieur Paul se prend enfin un solide apéritif bien mérité : les trois-quarts d'une bouteille de vermouth. Il est persuadé que son service au Ritz est fini...
Mais Chez Benoît - un bistrot parisien à la mode à cette époque - la soirée de la princesse et de Dodi tourne au fiasco : le commis de service à la sécurité n'arrive pas à éloigner les journalistes. Alors tout ce petit monde retourne au Ritz. Et bien sûr l'on rappelle Monsieur Paul, parce que lui, au moins, il sait y faire...

Hôtel Ritz, 22 heures - Consciencieux (servile ?) Henri Paul a rappliqué dare-dare en un quart d'heure.
Au moment de prendre sa voiture, en bas de chez lui, Josy, la patronne d'un bar lesbien de la rue de Chabanais - La Champmesle - le voit :
J'ai 25 ans de métier, j'en ai vu des mecs bourrés... Alors je peux vous assurer que Monsieur Paul n'avait pas l'air d'être ivre ce soir-là...
Il a le temps de lui lancer :
A toute à l'heure les filles !... Je reviendrai pour une bière...

Et c'est de nouveau l'attente au Ritz, avec les gardes du corps, les chauffeurs, les larbins... Pendant ce temps-là, Dodi et Lady Di dînent et refont les plans de la soirée... Monsieur Paul se prend un ricard et fume des cigarillos.

Samedi 30 août, minuit - Dodi Al-Fayed se prend pour James Bond, il a un plan. La bague qu'il a offerte à Diana n'a pas le succès escompté, sa fierté virile en a pris un coup...
Alors Dodi Al-Fayed imagine le scénario suivant : deux voitures bidons vont quitter le Ritz par l'entrée, Place Vendôme, et les paparazzi les moins doués suivront ; mais la princesse s'enfuira grâce à une voiture qui sortira par l'arrière du palace, et les paparazi les plus chevronnés les prendront en chasse... Pour ça, Henri Paul est l'homme de la situation : 2 jours auparavant, sa licence de pilote d'avion s'est vue renouvelée (il a le droit de piloter même à visibilité réduite) ; et son patron, Mohammed Al-Fayed l'avait inscrit à une course de mercedes en 1991.

Henri Paul ne se voit pas disant au fils de son patron : désolé, je ne peux pas conduire, j'ai picolé... Et puis ce qu'il a dans le sang doit sûrement l'émoustiller. Wow, quel métier excitant... Il aurait eu le temps de dire à quelques journalistes, sur le trottoir :
Vous allez voir, il va falloir vous accrocher...


Tunnel sous le Pont de l'Alma, dimanche 31 août, 0 heure 25 - Avec 1,75 grammes d'alcool dans le sang plus des anti-dépresseurs ; pour faire plaisir au fils de son patron qui se prend pour James Bond, et parce qu'il se sent trop sûr de ses talents de pilote, Henri Paul accélère et va trois fois plus vite que la vitesse autorisée...