Dernières nouvelles

jeudi, 27 août 2009

De Malte à Lockerbie : les faits officiellement établis

Nous n'aimons pas toutes ces théories du complot, très en vogue de nos jours, et que l'on trouve partout sur le web. Mais dans le cadre de cette série de billets consacrés à l'attentat contre le vol Pan Am 103, nous croyons bon de résumer les faits établis par la justice écossaise au procès de 2000-2001, et imputés au libyen Abdelbaset Al-Megrahi.

Par faits établis, il faut entendre la conviction intime des Lords écossais, qui ont jugé Al-Megrahi sur la base de documents, de témoignages et d'évidences présentées comme étant scientifiques.... Cette conviction - requise par tout jury pour condamner ou innocenter un accusé - apparaît comme telle dans le document officiel, titré opinion of the lords, et que le lecteur trouvera en annexe à ce billet.

  1. Le mercredi 7 décembre 1988, vers 18 heures 30, le libyen Abdelbaset Ali Mohammed Al-Megrahi pousse la porte de la petite boutique de Tony Gauci, un marchand de vêtements de la ville de Sliema, située sur l'Île de Malte. Le commerçant se rappelle particulièrement de cette soirée : il pleuvait, les rues étaient éclairées par les illuminations de Noël ; et son frère Paul, qui travaille normalement à cette heure dans la petite affaire familiale, était parti regarder un match à la télévision : Rome contre Dresde.megrahi_photomaton.jpg
  2. L'homme est étrange, il achète des affaires sans vraiment leur attacher de l'importance. Tony Gauci réussit à écouler : une veste, une paire de pantalons de la marque Yorkie (taille 34), deux chemises marrons, un tee shirt blanc, un cardigan avec le label "Puccini design", des pyjamas de couleur crême, un pyjama bleu pour bébé de la marque Babygro... et un parapluie (parce qu'il pleut).
  3. L'homme est employé par la compagnie aérienne Libyan Arab Airlines, comme chef de station à l'aéroport de Malte. En réalité, il s'agit d'une couverture, car Al-Megrahi est un agent du renseignement libyen, commandité par le colonel Kadhafi.
  4. L'homme quitte Malte le 9 décembre, puis y revient, sous une fausse identité et sans motif spécial, dans la soirée du 20 décembre.
  5. Le 21 décembre 1988, au matin, Abdelbaset Al-Megrahi réussit à introduire une valise piégée parmi les bagages du vol Air Malta 180, à destination de Frankfurt a.m. Rhein. Le boeing 737 d'Air Malta décolle vers 9 heures 40 (heure locale).
  6. La valise est une Samsonite de couleur marron. La bombe consiste en une charge de 400 grammes de Semtex. Un minuteur lui est associé : il s'agit d'un MST-13, avec circuit imprimé vert, fabriqué par MeBo, une firme basée en Suisse. La bombe est dissimulée dans un radiocassette Toshiba RT-SE 16 "bombeat" (coïncidence...) Le tout est placé dans la Samsonite marron, avec les vêtements achetés le 7 décembre précédent.
  7. Le vol Air Malta 180 décolle avec un bagage sans voyageur.Le boeing 737 d'air Malta
  8. A Frankfurt, la valise est transbordée sans problème dans un boeing 727 de la Pan Am : il s'agit de la première partie d'un vol international (Pan Am 103) à destination de New York via Londres. Le boeing 727 assure le vol Pan Am 103A ; puis, à Heathrow, l'aéroport londonien, c'est un 747 qui prend le relai : Clipper Maid Of The Seas.
  9. A Londres, la valise contenant l'I.E.D. ("improvised explosive device") est encore transbordée sans aucun problème.
  10. Le boeing 747 de la Pan Am décolle à 18 heures 25 (heure locale), avec 20 minutes de retard : ce qui est normal à l'approche des fêtes de Noël.
  11. A 18 heures 56 minutes, Clipper Maid Of The Seas atteint son altitude de croisière : 31 000 pieds (9400 mètres). L'équipage enclenche alors le pilote automatique et contacte le centre de contrôle aérien de Shanwick pour obtenir l'autorisation de voler au-dessus de l'atlantique, par le couloir aérien prévu par le plan de vol.
  12. A 19 heures 02 minutes et 50 secondes, la bombe, située dans le container AVE4041-PA, juste sous la "classe affaires", explose.
  13. L'ignition du Semtex consiste à le faire passer instantanément de l'état solide à l'état gazeux. Or le gaz exige énormément d'espace, ce qui entraîne une surpression à l'intérieur du container. Il se crée donc une onde de choc suffisamment puissante pour transpercer la paroi de celui-ci, puis faire un trou de 50 centimètres carré dans le fuselage situé à quelques dizaines de centimètres.
  14. Simultanément a lieu un phénomène de shock stem mach wave : une partie importante de l'onde de choc initiale rebondit sur la paroi restante du fuselage attenant, dans toutes les directions (y compris en direction de la source), se fragmente, mais se recompose à divers endroits, et ce notamment avec l'onde de choc initiale. Se créent donc de nouvelles zones de surpression, à des endroits plus éloignés de la soute à bagage. Le fuselage est littéralement "pelé", autour du trou initial, mais aussi plus bas à gauche, et au-dessus de la first class.
  15. 270 personnes meurent : les 259 passagers et membres d'équipage, et 11 habitants de la ville de Lockerbie. Il s'agit d'un meurtre de masse.

pa103cockpit.jpg