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mardi, 16 octobre 2012

Mortimer et le métro de la S.A.F.E.G.E.

sciences_avenir_cover_158.jpgD’une vision futuriste à un cauchemar post-apocalyptique. La ressemblance entre la première case de la planche 26 du Piège diabolique et la couverture du numéro 158 de Sciences et avenir (avril 1960) est frappante. On sait le goût de E.P. Jacobs pour le réalisme et la documentation abondante. A l’évidence, le père de Blake et Mortimer s’est inspiré d’un projet aérien avorté des années 60, pour l’enterrer dans les boyaux dévastés d’un métro souterrain en l’an 5060. Comme si le métro de la S.A.F.E.G.E. avait réellement été mis en service.

 

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Du projet aux contrats

Le projet de métro suspendu, comme celui de l’aérotrain de l’ingénieur Bertin, est une réponse à une problématique bien précise : imaginer un moyen de transport suburbain et interurbain rapide, pour la région parisienne et les grandes agglomérations. La solution d’une voie au sol présente des inconvénients matériels et financiers.

La Lyonnaise des eaux vient d’être nationalisée. Elle a des fonds disponibles et l’impératif de repenser des activités. A cet effet est fondée la S.A.F.E.G.E.

La technologie du S.A.F.E.G.E. se démarque des autres métros suspendus, comme celui du métro du jardin zoologique de Tokyo.

Une voie d’essai est construite sur le terrain de la société Baudin, à Châteauneuf-sur-Loire, longeant en partie la voie de chemin de fer reliant Orléans à Gien. La voie est conçue pour tester et démontrer le plus grand nombre de capacités du métro suspendu. Il y a un virage en pleine voie de 400 mètres de diamètre, un aiguillage, des pentes d’inclinaisons différentes. Les poutres-caisson sont suspendus à différentes sortes de pylônes.

La régie Renault de Choisy-le-roi construit la cabine.

La venue du maire de San Francisco est annoncée pour le 23 février 1960. A cet effet, la construction de la cabine est accélérée, et elle est acheminée dans le Loiret en un temps record.

La démonstration convainc. Les contrats sont signés avec la Belgique est les Pays-Bas. Ces derniers seront effectifs à une seule condition : qu’une ligne soit construite en région parisienne, et fasse la preuve de son efficacité.

Fahrenheit 451

L’oubli, le sauvetage et la vandalisation

La voie d’essai de Châteauneuf-sur-Loire est rapidement démolie au tournant des années 60 et 70. La cabine est revendu au poids à un ferrailleur de Huisseau-sur-mauves. Reléguée sur un terrain vague, elle sert de poulailler et d’habitation pour le fils du ferrailleur.

C’est en 1991 qu’elle est redécouverte. Son sauvetage est décidé et entrepris par une association d’amoureux de l’aérotrain : l’A.R.S.A.T.I.

Nettoyée, la cabine du S.A.F.E.G.E. rejoint le 2 septembre 1994, un hangar prêté par l’armée, sur la base d’Orléans-Bricy. Elle rejoint le prototype S44 de l’ingénieur Bertin. En attendant la création d’un musée.

Rapidement, l’accès au hangar est interdit aux membres de l’association. Puis le hangar n’est plus gardé.

Alors des vandales accomplissent leur oeuvre. Avant la casse définitive.